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Quand une simple expression change notre regard sur le sol

 

 

Introduction🌱

L’autre jour, en regardant un reportage sur le jardinage, une phrase m’a interpellée. Une jeune femme racontait qu’elle ne connaissait presque rien au potager, qu’elle avait simplement planté… et que les récoltes avaient été très généreuses. L’animateur a dit : « la terre était “neuve” ».

Cette remarque m’a fait sourire, parce qu’elle m’a rappelé une conversation avec mon père. Il y a deux ans, il avait installé ses pommes de terre sur une parcelle qu’il n’avait encore jamais cultivée. Les pieds étaient vigoureux et la récolte avait été particulièrement belle. Et il m’avait dit : « Oui mais la terre est « neuve ». »

Je ne sais pas si vous connaissez ou utilisez cette expression, mais elle m’a donné envie de m’arrêter un instant sur ce qu’elle dit, ou plutôt sur ce qu’elle suggère.

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En réalité, ce que nous appelons “neuve” n’a rien à voir avec l’âge.

Une terre dite neuve n’est pas une terre jeune C’est une terre qui n’a pas encore été beaucoup sollicitée. Une terre qui n’a pas été travaillée année après année, ni cultivée sans interruption.

Sur une parcelle qui n’a pas été cultivée depuis longtemps, la vie a eu le temps de s’installer. Au fil du temps, le sol s’est structuré, enrichi et équilibré.

Lorsque l’on cultive pour la première fois, les plantes trouvent des nutriments disponibles, une structure favorable à l’enracinement, une activité microbienne dynamique. Elles poussent avec vigueur. La récolte est belle… et l’on dit que c’est parce que la terre est “neuve”.

Pourtant, cette expression révèle quelque chose d’intéressant. Elle reconnaît implicitement qu’un sol cultivé, au même endroit, avec les mêmes pratiques répétées, finit par s’épuiser. Si une terre neuve donne de meilleurs résultats, c’est bien que l’ancienne a perdu quelque chose en chemin.

Mais qu’a-t-elle perdu exactement ?

Avec le temps, lorsqu’une parcelle est cultivée sans pause ni diversité, le sol change. S’il est souvent travaillé en profondeur, sa structure devient plus fragile. S’il reste nu entre deux cultures, il est plus sensible à l’érosion et la vie qu’il abrite devient moins active. Si l’on replante toujours les mêmes choses au même endroit, la richesse du sol diminue peu à peu.

Rien ne se voit immédiatement. Les changements sont progressifs. La terre continue de produire, mais elle devient moins souple, moins riche, moins habitée. Elle demande davantage d’efforts pour donner autant qu’avant.

Ce que nous appelons “épuisement” n’est donc pas un manque soudain de nutriments. C’est une perte progressive de fertilité.

En effet, la fertilité n’est pas une réserve inerte dans laquelle on peut puiser indéfiniment. C’est une dynamique vivante. Elle dépend d’organismes qui respirent, se déplacent, interagissent. Elle dépend d’une structure fragile, construite patiemment par des racines, des champignons, toute une microfaune. Et surtout, elle dépend du temps.

Quand on parle de terre neuve, on parle en réalité d’un sol dont ces dynamiques sont encore pleinement actives. On parle d’un sol vivant.

La question devient alors beaucoup plus intéressante que celle de la nouveauté. Il n’est pas question de cultiver une nouvelle parcelle chaque année pour retrouver de belles récoltes. Il s’agit plutôt de comprendre comment maintenir cette vitalité au fil des années.

Un sol peut rester fertile sans être “neuf”. Il peut continuer à produire si l’on prend soin de sa structure, si l’on nourrit sa matière organique, si l’on respecte ses cycles. Cela suppose parfois de ralentir, de couvrir davantage, de diversifier, de réduire certaines interventions. Cela suppose surtout de reconnaître que la fertilité n’est pas un acquis définitif mais un équilibre à accompagner.

Conclusion

Ce que j’aime dans cette expression, c’est qu’elle contient déjà la clé. Elle admet que la terre change en fonction de ce que l’on en fait. Elle reconnaît qu’un sol peut perdre de sa vigueur. Elle ouvre la porte à une autre manière de jardiner, plus attentive à la continuité qu’à la performance immédiate.

Ce que nous appelons une terre “neuve” est souvent une terre qui a conservé sa structure, sa matière organique, sa diversité biologique. Une terre qui n’a pas encore été fragilisée par des interventions répétées.

Au fond, la générosité d’un sol ne tient pas à sa nouveauté. Elle tient à la qualité de la vie qu’il abrite et à la continuité des conditions qui lui permettent de se maintenir. Un sol n’a pas besoin d’être neuf pour être fertile ; il a besoin de rester vivant.

C’est précisément pour aider à comprendre ces mécanismes que j’ai créé ma formation Sols Vivants. L’objectif n’est pas de repartir de zéro ni de chercher une “terre neuve”, mais d’apprendre à observer son propre sol, à comprendre ce qui s’y joue, et à poser des gestes simples qui soutiennent sa vitalité dans le temps. Parce qu’un sol fertile ne tient pas du hasard : il se comprend, et il s’accompagne.

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