Le Blog

Du champ au jardin : repenser notre manière de nourrir les sols

 

 

Introduction🌱

Ces dernières semaines, deux actualités m’ont particulièrement interpellée.

D’un côté, la mobilisation d’étudiants en agronomie, notamment à AgroParisTech, qui questionnent ouvertement le modèle agricole dominant, son lien avec l’agro-industrie et la place donnée aux logiques productivistes dans leur formation.

De l’autre, la tentative du sénateur Duplomb de rouvrir la porte à l’utilisation de pesticides interdits en France depuis 2018, au nom de la compétitivité agricole.

Deux événements très différents en apparence.
Et pourtant, ils racontent exactement la même chose : notre difficulté collective à sortir d’une vision technique et industrielle du vivant.

Cette vision ne concerne pas seulement les grandes exploitations agricoles. Elle imprègne aussi, à bas bruit, nos manières de jardiner.

Partager cet article :

L’illusion des solutions rapides

Quand un sol ne produit pas comme on l’espère, quand les plantes végètent, quand la terre semble compacte ou pauvre, le réflexe est presque toujours le même : chercher une solution immédiate.

Un amendement.
Un fertilisant.
Un produit “spécial sol fatigué”.
Un correcteur de pH.
Un activateur de vie microbienne.

Le marché du jardinage est rempli de promesses : régénérer, booster, revitaliser, réparer.

Tout est formulé comme si le sol était une machine défaillante à laquelle il suffirait d’ajouter la bonne pièce.

Mais un sol n’est pas un moteur.
C’est un écosystème.

Et un écosystème ne se répare pas.
Il évolue.

Lentement.

Le marketing des amendements… et la pression de “bien faire”

Beaucoup de jardiniers se sentent aujourd’hui pris dans une injonction paradoxale.

On leur dit de préserver la planète, de nourrir leur sol, de favoriser la biodiversité… tout en leur proposant une infinité de produits censés accomplir cela à leur place.

Résultat : une pression diffuse à “bien faire”.

Alors on achète du compost, du fumier, des poudres minérales, des préparations diverses.
Parfois par conviction.
Parfois par inquiétude.
Parfois simplement parce qu’on ne sait pas quoi faire d’autre.

Et quand ça ne fonctionne pas comme espéré, la culpabilité s’installe.

Je le vois très souvent : des jardiniers sincèrement engagés, déjà attentifs à leur environnement, qui ont pourtant l’impression de ne jamais en faire assez.

Ce malaise est révélateur.

Il naît d’une approche où l’on nous apprend à agir sans cesse, mais rarement à observer.

    Des pratiques souvent déconnectées du rythme réel du vivant

    Le vivant fonctionne par continuité.

    Les micro-organismes ont besoin de stabilité.
    L’humus se construit sur des années.
    Les réseaux fongiques se développent lentement.
    La structure d’un sol se met en place à travers des cycles répétés de racines, de couvert végétal, de matière organique.

    Or beaucoup de pratiques jardinières restent ponctuelles, correctives, fragmentées.

    On intervient quand “ça ne va pas”.

    Comme en agriculture industrielle, on traite les symptômes : carences, maladies, faible croissance.

    C’est exactement ce que dénoncent aujourd’hui certains étudiants agronomes : une formation qui apprend à compenser plutôt qu’à comprendre, à corriger plutôt qu’à accompagner.

    Et c’est la même logique qui se retrouve derrière la loi Duplomb : face aux difficultés agricoles, on propose de réintroduire des molécules toxiques plutôt que de transformer en profondeur les systèmes de production.

    Toujours la même réponse : ajouter quelque chose de l’extérieur, au lieu de soutenir les équilibres internes.

    Un sol ne se “répare” pas

    C’est sans doute l’un des points les plus importants à entendre.

    Un sol ne se répare pas comme une machine.

    Il ne revient pas à l’état “optimal” en une saison.

    Il traverse des phases.
    Il porte une histoire.
    Il réagit aux usages passés.

    Améliorer un sol, ce n’est pas le transformer brutalement.
    C’est créer les conditions pour que le vivant reprenne progressivement sa place.

    Cela passe par des gestes simples, mais constants : couverture du sol, diversité végétale, limitation du travail mécanique, apports organiques raisonnés, respect des rythmes.

    Ce sont des choix discrets. Peu spectaculaires.
    Mais ce sont eux qui construisent la fertilité réelle.

    Sans juger, mais avec lucidité

    Je le répète souvent : utiliser des amendements organiques du commerce n’est pas une faute.

    Quand on débute, quand on manque de ressources locales, quand on jardine en ville ou sur un sol très pauvre, ces apports peuvent être un soutien utile.

    Le problème n’est pas l’outil.

    Le problème apparaît quand l’outil devient la base du système.

    Quand on nourrit le sol uniquement par l’extérieur.
    Quand on dépend d’achats permanents.
    Quand on oublie que la vraie richesse se construit sous nos pieds.

    À grande échelle, cette dépendance mène à l’agro-industrie.
    À petite échelle, elle entretient une forme d’impuissance chez le jardinier.

    Et si améliorer les sols commençait par changer de regard ?

    Les mouvements étudiants, les débats politiques autour des pesticides, les inquiétudes croissantes sur l’état des terres agricoles nous rappellent une chose essentielle : nous ne pourrons pas “corriger” le vivant indéfiniment sans en payer le prix.

    Dans nos jardins, nous avons la chance de pouvoir expérimenter autre chose.

    Observer davantage.
    Intervenir moins.
    Faire confiance aux processus naturels.
    Accepter la lenteur.

    Ma conviction est que la transformation la plus durable ne passe pas par des apports massifs ou des solutions rapides, mais par l’accompagnement patient du vivant déjà en place.

    C’est souvent moins immédiat.
    Mais infiniment plus respectueux du sol — et de celles et ceux qui jardinent avec lui.

    Et si cette manière d’aborder le jardin te parle, c’est exactement ce que je transmets dans ma formation Sols Vivants : apprendre à lire son sol, comprendre ses dynamiques, et poser des gestes simples qui s’inscrivent dans le long terme.

    Parce qu’au fond, prendre soin des sols, c’est aussi apprendre à ralentir.

    0 commentaires

    Soumettre un commentaire

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *